A LA SOURCE, LA NUIT

"Le soir tombait vite même si la blancheur de la neige retardait l'arrivée de la nuit. (...) Car la clarté du ciel, la robustesse de la lune, la blancheur de cette nappe de neige sur la terre, disputaient notre village à la nuit et l'empêchaient de s'abattre sur la terre, sur notre contrée. Il devenait difficile d'oser sortir, de risquer notre corps parmi les incertitudes de la nuit, ne serait-ce que pour nous soulager, nous débarrasser des lourdeurs de la nature qui s'étaient accumulées à mesure que la neige et la nuit avaient envahi les alentours de la maison.

Nos mères nous prenaient par la main pour nous donner le courage d'assumer nos besoins en affrontant la peur qui nous attendait à l'extérieur. On débarquait dans un silence entrecoupé de quelques aboiements, de quelques hurlements qui donnaient une profondeur inquiétante au calme de la nuit et à sa blancheur uniforme. Une profondeur que nous soupçonnions mais que nous n'arrivions pas à percer et que, tout ouïe, nous écoutions comme autant de portes, autant de gouffres dans la nuit."

©Seyhmus Dagtekin 2004
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